Hier, c'était la Journée mondiale Alzheimer. Profitons de cette date pour remettre un peu d'ordre dans ce qu'on vous raconte sur les jeux et le cerveau.
Chaque année, fin septembre, les mêmes promesses refleurissent : tel jeu « protégerait » de la maladie d'Alzheimer, tel autre ferait « rajeunir les neurones ». Chez Yakazu-gratuit, nous aimons la logique, alors disons les choses franchement : aucun jeu n'empêche cette maladie, et quiconque affirme le contraire vous vend quelque chose. La science a mesuré un effet plus modeste et plus solide : la stimulation intellectuelle régulière est associée à un cerveau qui vieillit mieux. La nuance vous paraît mince ? Elle change tout, et elle mérite bien un article.
Ce que la science montre
Commençons par le terrain ferme. En 2019, le programme PROTECT de l'Université d'Exeter et du King's College de Londres a évalué plus de 19 000 adultes de 50 ans et plus. Conclusion : les adeptes réguliers de jeux de chiffres et de lettres obtiennent, aux tests de mémoire, d'attention et de raisonnement, des résultats comparables à ceux de personnes plus jeunes qu'eux de plusieurs années. Nous avions détaillé ces travaux dans notre article Comment rajeunir votre cerveau de 10 ans.
Autre travail marquant : celui de Patrick Fissler, de l'université d'Ulm, en Allemagne. Son équipe a publié en 2018, dans la revue Frontiers in Aging Neuroscience, une étude consacrée au puzzle. Verdict : assembler un puzzle mobilise simultanément plusieurs capacités cognitives, dont la perception visuelle, la rotation mentale, la mémoire de travail et le raisonnement logique et spatial. Les chercheurs ont aussi observé que les personnes ayant beaucoup pratiqué le puzzle au cours de leur vie présentaient de meilleures capacités visuospatiales. Voilà qui réhabilite une activité longtemps rangée au rayon des passe-temps de jour de pluie.
Ce que la science ne montre pas
Voici maintenant la partie que les titres racoleurs préfèrent oublier. Ces études observent des associations : les personnes qui jouent régulièrement se portent mieux sur le plan cognitif. Elles ne prouvent pas que le jeu soit la cause de cette forme. Peut-être que les personnes au cerveau le plus alerte sont simplement plus enclines à jouer ; les chercheurs eux-mêmes le reconnaissent. L'équipe de Patrick Fissler a d'ailleurs mis la question à l'épreuve : trente jours de pratique intensive du puzzle n'ont pas suffi à améliorer de façon mesurable les autres capacités mentales des participants. La piste reste ouverte sur des durées plus longues, mais l'honnêteté oblige à le dire.
Méfiez-vous aussi des chiffres spectaculaires. Un pourcentage de réduction du risque de démence circule de blog en blog sans qu'aucune étude primaire solide ne l'appuie ; nous avons cherché la source, nous ne l'avons pas trouvée, nous ne reprendrons donc pas ce chiffre. Ce que la recherche décrit, c'est un ensemble de piliers d'un bon vieillissement cérébral : l'activité physique, le sommeil, le lien social et la stimulation intellectuelle. Les grilles appartiennent au quatrième pilier. Un pilier, pas un bouclier.
Mémoire, attention, raisonnement : ce qu'une grille réveille
Pourquoi les chercheurs s'intéressent-ils autant aux jeux de logique ? Parce qu'une grille bien conçue sollicite plusieurs fonctions à la fois, exactement comme le puzzle étudié à Ulm. La mémoire de travail d'abord : quand vous retenez « il me reste un 2 et un 4 à placer sur cette ligne » tout en examinant la colonne voisine, vous jonglez mentalement avec des informations, sans filet et sans brouillon.
L'attention ensuite : balayer une grille de yakazu case par case, sans vous laisser distraire, est un exercice de concentration soutenue que la vie moderne offre rarement. Quand avez-vous, pour la dernière fois, consacré quinze minutes pleines à une seule tâche ? Le raisonnement enfin : chaque déduction s'appuie sur la précédente, du candidat unique au triplet caché. Une grille est une chaîne logique complète, du premier chiffre au dernier. Votre téléphone ne vous demande jamais un tel enchaînement ; il préfère que vous fassiez défiler l'écran.
Le plan d'action : la grille du jour comme rendez-vous
Que faire de tout cela, concrètement ? Retenir le mot qui revient dans toutes les études : la régularité. Mieux vaut quinze minutes chaque jour qu'un marathon le dimanche. Voici le plan que nous vous proposons.
- Fixez un rendez-vous quotidien avec la grille du jour : même heure, même rituel, café ou tisane au choix.
- Suivez votre assiduité sur le calendrier : la série de jours consécutifs est la meilleure des motivations.
- Une fois par mois, apprenez une technique nouvelle sur l'Académie : le cerveau progresse quand on le surprend, pas quand on le berce.
- Si l'écran vous fatigue, imprimez nos grilles PDF gratuites et retrouvez le plaisir du papier.
Le papier, justement, parlons-en. Les habitués du blog connaissent la grand-mère de Léo : elle ne joue jamais sur écran, et sa grille du moment l'accompagne partout, du jardin à la salle d'attente. Aucune étude ne prouvera jamais que ce rituel est son secret. Elle, en tout cas, ne l'échangerait contre rien, et certainement pas contre une application qui lui promettrait la lune.
Jouer sans se raconter d'histoires
Il y a trois ans, nous vous invitions à vieillir avec panache, avec un enthousiasme que nous assumons toujours. Cet article-ci en est le prolongement, version sourcée : le panache, oui ; les promesses médicales, non. Entre les deux, il y a la place pour un plaisir quotidien qui fait travailler la mémoire, l'attention et le raisonnement, sans rien garantir d'autre que le contentement d'une grille terminée.
La Journée mondiale Alzheimer nous rappelle surtout que la recherche a besoin de temps et les malades de soutien. En attendant les réponses, offrir chaque jour à votre cerveau un moment d'exercice complet reste l'une des habitudes les plus saines et les plus agréables qui soient. Cela tombe bien : votre grille du jour vous attend, et elle ne vous promet qu'une seule chose, vous faire réfléchir !
Pour aller plus loin : l'étude de Patrick Fissler et de ses collègues de l'université d'Ulm, « Jigsaw Puzzling Taps Multiple Cognitive Abilities and Is a Potential Protective Factor for Cognitive Aging », publiée en 2018 dans Frontiers in Aging Neuroscience, ainsi que deux présentations en français sur Medisite et Sciencepost.